L’Esports World Cup 2026 ne devait pas, à l’origine, se tenir à Paris.
Entre la décision de déplacer l’événement de Riyad et la cérémonie d’ouverture, l’Esports Foundation n’a disposé que de huit semaines. Pour son directeur des opérations et directeur général adjoint, Mike McCabe, ce transfert a constitué à la fois un défi opérationnel extrême et la mise à l’épreuve la plus directe des ambitions mondiales de l’EWC.
Si la première année a validé le concept et la deuxième permis un changement d’échelle, McCabe résume la troisième en un mot : intégration. L’objectif est d’ancrer davantage l’EWC dans les écosystèmes des éditeurs, des clubs et des différentes régions.
De Riyad à Paris
Question : Le transfert à Paris cette année marque une rupture importante avec les deux éditions précédentes. Quel a été le plus grand défi ?
Mike McCabe : Le plus grand défi — et le changement le plus important — a évidemment été le lieu. Nous avons dû déplacer l’événement, ainsi que tout ce qui permet à l’EWC de fonctionner, de Riyad à Paris dans un délai très court.
Il n’y avait que huit semaines entre la décision officielle et la cérémonie d’ouverture. Dans ce calendrier resserré, il fallait trouver un site, concevoir toutes les scènes, rassembler le matériel, terminer l’installation et proposer un événement de niveau mondial dès le premier jour.
C’était un défi énorme et une réussite extraordinaire. L’équipe a fourni un travail considérable. Nous savions que les joueurs étaient impatients de venir concourir ici et de rencontrer un nouveau public à Paris. Cela nous a tous aidés à avancer.
Question : Sur quoi avez-vous dû faire des compromis ?
McCabe : Le compromis le plus évident a été le festival. À Riyad, un très grand festival de jeux vidéo accompagne la compétition. Il demande énormément de préparation et nous n’avons pas pu le reproduire à la même échelle à Paris.
Il reste des animations pour les fans, et nous avons conservé les éléments les plus importants, mais pas tout. Ces choix nous ont aussi permis d’agrandir les scènes de compétition et de les améliorer, avec davantage de places pour les spectateurs.
Question : Quelle a été la principale leçon de ce transfert en huit semaines ?
McCabe : Honnêtement, le travail d’équipe. La fondation elle-même est assez petite au regard de l’ampleur de l’EWC : environ 130 personnes pour organiser quelque chose d’immense.
Notre équipe a travaillé étroitement avec les partenaires et les fournisseurs, ainsi qu’avec le gouvernement français et la Ville de Paris. Il ne s’agissait pas seulement de déplacer l’événement, mais de veiller à ce que les joueurs, les spectateurs et toutes les personnes se rendant à Paris puissent y participer sans difficulté. Des représentants du gouvernement français m’ont même dit : « Nous ne savions pas que nous pouvions travailler aussi vite. »
J’espère que cet événement laissera non seulement un héritage dans l’esport, mais aussi un exemple de ce que des équipes différentes peuvent accomplir ensemble.
Question : Concrètement, comment le soutien des pouvoirs publics s’est-il manifesté ?
McCabe : Les visas Schengen en sont un bon exemple. Pour les ressortissants de nombreuses régions du monde, en obtenir un peut être difficile. Les rendez-vous, les entretiens et l’accord final peuvent prendre des semaines, voire des mois.
Dans ce cas, les joueurs, les fans et les médias ont finalement pu venir à Paris. Cela témoigne d’un engagement au plus haut niveau de l’État. L’événement attire aussi des touristes étrangers et propose quelque chose de nouveau aux jeunes pendant l’été. Ce soutien nous a donc beaucoup encouragés.
Question : Vous avez dit que Riyad resterait toujours la maison de l’EWC. Paris est-il une expérience ponctuelle ou le début d’une tournée plus large ?
McCabe : Riyad restera toujours le foyer de la fondation et, au fond, celui de l’EWC et de la future ENC. Mais Paris a accéléré un projet que nous avions déjà. Nous avons toujours voulu que l’EWC visite d’autres villes, et nous recommencerons.
Paris a prouvé que le modèle pouvait fonctionner. La ville possède une longue histoire dans l’esport, une communauté de fans solide et les réflexes acquis en accueillant de grands événements mondiaux. Le processus serait différent dans un pays sans expérience préalable de l’esport.
Nous espérons que Paris deviendra un modèle réutilisable, et que nous pourrons emmener l’événement ailleurs dans un avenir pas trop lointain.
Question : Un moment de la culture esport française vous a-t-il surpris ?
McCabe : Une fois Paris confirmé, nous avons passé deux appels. Le premier au gouvernement français, au sujet des visas et des infrastructures nécessaires à l’événement. Le second aux clubs français d’esport. Nous avons contacté Karmine Corp, Vitality et Gentle Mates, puis rencontré leurs dirigeants pour comprendre l’esport parisien et construire l’événement ensemble.
On voit maintenant des espaces réservés à ces clubs dans les animations destinées aux fans. Karmine Corp contre T1 est peut-être l’un de mes matchs préférés de League of Legends parmi ceux que j’ai regardés ; le public était incroyable. Nous avons vu quelque chose de comparable lorsque Gentle Mates jouait à Call of Duty. Cette passion et cette organisation m’ont rappelé un match de football brésilien.
Troisième année : de la validation à l’intégration
McCabe dit avoir personnellement une préférence pour les jeux de tir, les jeux de course et les battle royales. Après avoir travaillé plusieurs années sur Fortnite, il y joue encore et suit PUBG, Apex Legends et Call of Duty: Warzone. Il est également amateur d’échecs et a apprécié leur présence à l’EWC.
Interrogé sur le choix des jeux, il cite trois critères : la représentation mondiale, l’équilibre entre mobile, PC et console et, surtout, la maturité de l’écosystème compétitif. Honor of Kings et les échecs sont très différents, mais tous deux disposent de vastes communautés qui s’affrontent chaque jour.
Question : Quelle est la tâche la plus importante de l’EWC pour sa troisième année ?
McCabe : J’ai deux réponses. Premièrement, nous avons prouvé que l’EWC est une marque véritablement mondiale. Nous avons changé de ville hôte, rempli les tribunes à Paris et organisé un événement mondial dans un délai extrêmement court.
Deuxièmement, l’intégration. La première année a validé le concept ; la deuxième a permis une croissance à grande échelle ; la troisième consiste à travailler plus étroitement avec les développeurs et les éditeurs, non seulement sur le tournoi, mais aussi sur ce qui se passe dans le jeu et dans tout son écosystème.
Nous voulons que l’EWC fasse partie de l’écosystème de chaque jeu, au lieu de rester un événement isolé. La même logique s’applique aux clubs : nous continuons à leur demander ce qui compte pour eux et comment soutenir leur viabilité à long terme. Nous voulons aussi que les joueurs deviennent des vedettes mondiales, reconnues dans la rue comme les stars des sports traditionnels.
Son principal indicateur de réussite reste l’audience et la portée de l’événement, avec une attention particulière à la croissance en Chine et dans les marchés émergents. La Chine est déjà, selon lui, un marché mature de premier rang pour l’esport, tandis que des régions moins développées peuvent offrir une croissance de l’audience à deux chiffres. La fréquentation et le ressenti du public comptent également : les spectateurs doivent se sentir en sécurité, en avoir pour leur argent et recommander l’expérience à leurs proches.
Ce que change le Club Championship
Le Club Championship a lui aussi mûri. Lors de la première année, même l’EWC n’avait pas encore entièrement défini le type de cérémonie et de récit qui devaient chapeauter 25 tournois distincts. Pour la troisième année, l’organisation investit fortement dans la mise en récit du classement général.
L’objectif est d’encourager les fans à regarder au-delà d’un seul jeu. Un supporter de Call of Duty peut commencer à suivre Honor of Kings parce que le même club y joue quelque chose. Les clubs qui veulent sérieusement gagner s’engageront naturellement dans davantage de jeux. L’EWC continue néanmoins d’étudier le nombre pertinent de jeux et d’épreuves qualificatives, ainsi que la forme que devrait prendre le championnat dans cinq ans.
McCabe estime que cette structure renforce la viabilité des clubs en leur donnant davantage de continuité et en leur permettant de répartir les risques entre plusieurs équipes. Certains clubs chinois recrutent déjà des équipes dans d’autres régions, faisant ainsi émerger de nouveaux récits compétitifs.
Les éditeurs bénéficient eux aussi d’une plateforme annuelle stable. McCabe se souvient du choix récurrent auquel il était confronté lorsqu’il travaillait dans l’édition : investir dans l’esport ou développer une fonctionnalité utile à tous les joueurs ordinaires ? L’EWC peut désormais être intégré aux feuilles de route et aux calendriers annuels. Une part plus importante des 25 tournois de cette année est coproduite avec les éditeurs, un modèle que la fondation entend développer.
« Nous n’en sommes encore qu’aux débuts en Chine »
Question : Comment définiriez-vous le stade actuel du développement de l’EWC en Chine ?
McCabe : Honnêtement, au regard de mes ambitions et de mes attentes pour l’EWC en Chine, nous n’en sommes encore qu’à un stade très précoce.
La Chine est sans aucun doute le plus grand marché de l’esport au monde. Je m’y rends chaque année et j’assiste à différents événements. La passion, la fidélité et l’ampleur du public chinois sont difficiles à égaler ailleurs.
Nous pouvons faire bien davantage avec les clubs et les éditeurs chinois. Nous constituons une équipe et recrutons des personnes capables de nous aider à comprendre le marché, à concevoir les bons produits et à choisir la bonne voie. Le travail est toujours en cours, mais les premiers résultats nous donnent confiance : nous avançons dans la bonne direction et devons poursuivre nos investissements.
La prochaine étape revient une nouvelle fois à l’intégration : s’ancrer plus profondément en Chine et renforcer les liens avec les fans chinois. McCabe espère également qu’une occasion comparable à celle de Paris pourra un jour se présenter en Chine, pour l’EWC ou pour l’ENC.











